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Musique classique et opéra par Classissima

Piotr Ilitch Tchaïkovski

jeudi 25 mai 2017


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20 mai

Compte rendu, opéra. Paris Bastille, le 16 mai 2017. Eugène Onéguine. Tchaïkovski. Netrebko, Mattei… E. Gardner / Willy Decker

Classiquenews.com - Articles Compte rendu, opéra. Paris Bastille, le 16 mai 2017. Eugène Onéguine. Tchaïkovski. Netrebko, Mattei… E. Gardner / Willy Decker. Retour heureux d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski à l’Opéra de Paris. La production maison signée Willy Decker revient à l’affiche en ce printemps 2017 avec une distribution de choc, dont Anna Netrebko et Peter Mattei sont les protagonistes. L’Orchestre de l’opéra dans la meilleure des formes est dirigé par le chef Edward Gardner. Une soirée romantique à souhait, avec un je ne sais quoi d’élégiaque, de distingué, comme la poésie de Pouchkine qui inspire le livret. Inoubliables scènes lyriques Véritable chef d’oeuvre lyrique de Tchaïkovski, sans doute son opéra le plus joué et le plus connu en dehors de la Russie, l’opéra est inspiré du roman éponyme en vers de Pouchkine. Il raconte l’histoire d’Onéguine l’excentrique citadin blasé qui rejette l’amour inconditionnel de la jeune provinciale Tatiana, pour ensuite le regretter 5 ans après, quand il la (re)découvre en nouvelle aristocrate, mariée à l’un de ses amis, le Prince Grémine. Il revient sur ses choix : il revient sur la déclaration d’amour professée par Tatiana, avec le but de la faire tout quitter pour lui, lui demandant maintenant ce qu’il n’a pas voulu donner auparavant. Si Tatiana finit par accepter la sincérité de leur amour, l’œuvre s’éloigne des conventions romantiques occidentales du XIXe siècle, dans le sens où elle a la force et la dignité, l’agence véritable, d’être maîtresse de son esprit et non pas esclave de ses affects. Ainsi, elle pleure un peu, elle se bat et gagne, elle le remercie… puis le congédie. Elle repart avec son mari. Onéguine, lui, finit dans le désespoir de la solitude. Dans la nombreuse correspondance existante de Tchaikovski, nous constatons un rapprochement avec l’héroïne, mais pas que. Tchaïkovski le romantique aime la vérité des sentiments des personnages de Pouchkine. Des liens avec sa vie personnelle sont bien curieux et même frappants. Notamment le fait que lui, à l’encontre d’Onéguine, décida de se marier avec une ancienne élève du conservatoire, Antonina Milioukova qui lui aurait écrit à plusieurs reprises des lettres éprises d’affection. Comme nous le savons, le mariage fut un fiasco et Tchaïkovski tomba dans une dépression suicidaire après six semaines de vie commune. Rien de pathologique pourtant dans l’excellent travail artistique et la réalisation des fabuleux interprètes engagés. La Prima Donna Anna Netrebko dans le rôle de Tatiana est une force musico-théâtrale. Le temps est suspendu pendant la durée du célèbre air de la lettre du premier acte, où elle chante avec une clairvoyance mélancolique mais surtout du courage, son amour pour Onéguine. Elle est au sommet d’une belle carrière, et nous nous délectons de la voir mettre tout son art au service de l’opus du maître Russe. Idem pour la prestation magnifique du baryton suédois Peter Mattei dans le rôle-titre. Quel art, quelle science, quelle sensibilité à fleur de peau tout en ayant une maîtrise indéniable de ses moyens. Surtout quel jeu d’acteur saisissant. Un duo de choc en vérité ! Et nous pourrions dire même un quatuor de choc, puisque l’Olga de Varduhi Abrahamyan fut excellente comme le Lensky candide et touchant d’humanité du ténor Pavel Cernoch, toujours agréable à voir comme à entendre. En ce qui concerne ce dernier, son air du premier acte fut un sommet de lyrisme dans la soirée. Remarquons enfin la voix large et la prestance d’Alexander Tsymbalyuk dans le rôle du Prince Grémine, ou encore le Monsieur Triquet de Raul Giménez, qui compense l’articulation du français difficile à comprendre avec un jeu scénique percutant et un instrument toujours bien agile. Les choeurs très sollicités sont dans la meilleure des formes sous la direction de José Luis Basso. Un autre protagoniste ? Prestation exemplaire aussi de la phalange parisienne sous la direction du chef Edward Gardner. L’équilibre entre fosse et orchestre est remarquable pour une première à Bastille, surtout avec l’instrument puissant de la Netrebko. La partition quant à elle se voit exécutée avec brio et sensibilité, elle est riche en mélodies mémorables qui captivent l’audience. Les vents se distinguent par la beauté des pages que le compositeur leur attribue, et nous sommes bercés, valsés, exaltés en permanence pendant les presque 3 heures de représentation. Le travail du metteur en scène allemand est d’une efficacité et d’une sincérité permanente :nul acte et nul moment paraît gratuit ou incongru, et ce en dépit de la nature du livret coupé en scènes avec peu d’action véritable. Comme toujours chez Tchaikovski, c’est le portrait des sentiments qui prime en cette première printanière, et nous avons l’impression que toutes les équipes concertées sont d’accord avec le maître, à la hauteur de son œuvre. A voir et revoir sans modération, à l’Opéra Bastille les 19, 22, 25, 28 et 31 mai 2017 ainsi que les 3, 6, 11 et 14 juin 2017 (attention : Nicole Car remplace Anna Netrebko pour les représentations du mois de juin).

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20 mai

Compte rendu, opéra. TOURS, Opéra, le 19 mai 2017. DVORAK : RUSALKA. Serenad Uyar, M. Schelomianski… Kaspar Zehnder / D. Kaegi

Compte rendu, opéra. TOURS, Opéra, le 19 mai 2017. DVORAK : RUSALKA. Serenad Uyar, M. Schelomianski… Kaspar Zehnder / D. Kaegi. Cette Rusalka présentée à l’Opéra de Tours se justifie d’elle-même : l’opéra en langue tchèque est l’une des contributions majeures à l’histoire lyrique, venue tard dans l ‘odyssée du genre. L’ouvrage créé à Prague en mars 1901, contemporain de Tosca ou de Pelléas et Mélisande, et comme eux, emblème esthétique majeur, ici d’une sensibilité authentiquement tchèque, aussi captivante et originale que les oeuvres de Janacek. KASPAR ZEHNDER, GUIDE MAGICIEN… La production présentée au Grand Théâtre de Tours marque surtout pour certaines voix et pour la direction, toute une sensibilité intérieure du chef invité : Kaspar Zehnder, familier des mondes tendres, populaires et folkloriques dans leur sens le plus noble d’un Dvorak certes lyrique mais aussi surtout, superbement symphonique. Kaspar Zehnder qui a entre autres succédé à Jiri Belohlavek à la direction musicale du Philharmonique de Prague, et dirige depuis 2012 le Symphonique de Bienne Soleure, démontre un très solide métier, sachant surtout ciseler des séquences d’orfèvrerie instrumentale d’un souffle intérieur et poétique, particulièrement prenant (en particulier au II, dans la seconde partie quand l’Ondin exprime sa compassion pour sa fille humiliée par les courtisans et le prince, dans l’air de Rusalka qui suit, air de désolation intérieure où la jeune femme mesure toute l’horreur de sa condition, perdue, errante entre deux mondes inconciliables…). Car le protagoniste de l’opéra créé par Dvorak demeure manifestement l’orchestre. Après l’ouverture qui n’a rien d’un lever de rideau banal mais annonce par ses accents et nuances subtilement énoncés, le sacrifice bouleversant dont est capable l’héroïne (et qu’elle va mener jusqu’à son terme), c’est bien le fabuleux air, hymne, prière à la lune qui doit immédiatement déployer un climat de songe, à la fois fantastique et aussi onirique autant qu’inquiétant. Le monde de la nuit et des eaux renouvellent ainsi sur la scène lyrique, le genre du surnaturel fantastique : l’inventivité en cela de Dvorak reste remarquable de finesse et d’expressivité. Il ne faut donc jamais prendre l’ouvrage comme une fable sans conséquences, mais telle une exploration totale, à l’issue incertaine qui éprouve la psyché des protagonistes (Rusalka, son père l’Ondin et aussi le prince), où par amour, la nymphe aquatique devenue femme finit sans identité, – âme solitaire, impuissante, démunie, errante, “ni fée ni femme”, c’est à dire un monstre sans identité. Les grands chefs savent tirer l’épisode exotique (en ce qu’il n’appartient qu’au folklore tchèque, inspiré des Ballades tchèques de Karel Jaromir Erben), vers l’universel et le mythe. Rusalka à l’égal des grandes amoureuses à l’opéra (Tosca précitée justement) bouleverse en réalité les codes par sa fausse candeur, sa fragilité juvénile, son apparente innocence… en elle coule la volonté d’une combattante amoureuse ; c’est une guerrière qui aime. De cette traversée entre sensualité éperdue, tragédie de l’impuissance et du silence (car en application du pacte qu’elle a signé avec la sorcière Jezibaba, sa forme humaine conquise, avec jambes de marcheuse, lui ôte toute capacité à parler), du désespoir le plus absolu au sacrifice final pleinement assumé, … le drame plonge dans les eaux incontrôlables de la psyché la plus active et impétueuse : d’où l’importance du chef, véritable chantre des forces psychiques en présence, lesquelles s’expriment de fait dans le chant permanent de l’orchestre. Avec Rusalka, Dvorak pose les fondements d’un nouvel opéra tchèque, réconciliation du populaire et du savant : ainsi l’intégration de nombreux airs et danses du folklore, en particulier associés à la figure de la nymphe dans une écriture qui a la séduction mélodique et instrumentale de Tchaikovski, comme la puissance psychique d’un Wagner (les 3 nymphes et ici leur marionnettes vertes récapitulent finalement et les trois filles du Rhin de L’Or du Rhin, et à la fin de l’ouvrage, les 3 nornes du Crépuscule des dieux). L’ONDIN, PERE DOULOUREUX BOULEVERSANT… La production déjà vue à Monte Carlo et Nuremberg, – outre le choc des deux mondes (les hommes et les ondins) dont la fracture engendre l’atmosphère fantastico-onirique, et profite essentiellement au personnage terrifiant de la sorcière-, éclaire aussi un autre aspect du drame. Comme dans les opéras verdiens, la relation tendre et viscéralement douloureuse comme affectueuse entre le père, roi des eaux et sa fille qui ne désire que le quitter pour vivre la condition humaine : aimer ce prince qu’elle a rencontré, donc souffrir puis être abandonnée, seule, donc mourir. C’est à dire tout ce que le géniteur annonce à sa fille entêtée. Bien qu’appartenant au monde suggestif de l’eau, ces deux là – père et fille-, sont les plus humains, les plus touchants, d’une impuissance bouleversante. Le père n’apparaissant que surgissant de sa mare primordiale, s’agitant dans les eaux matricielles dont Russalka coupe le cordon filiale. Chacun de ses airs, d’injonction, de mise en garde, de compassion surtout au II quand sa fille est humiliée, rabaissée par la cour du prince et par la princesse étrangère (qui n’a rien pour elle sauf sa suffisance haineuse) est d’une rare justesse. Le baryton Mischa Schelomianski qui chante aussi Osmin et Grémine, saisit de bout en bout par sa présence magnétique, sa vocalité naturelle magnifiquement timbrée, son sens des phrasés : mieux que ses partenaires, il sait se fondre dans le tissu soyeux de l’orchestre qui exprime l’intensité de sa souffrance car il ne peut que constater l’échec de sa fille et regretter la malédiction qui condamne la jeune amoureuse trahie. Triomphatrice au timbre perçant, en rien aussi crémeux ni voluptueux que ses aînées miraculeuse et applaudies telle Renée Fleming, la soprano Serenad Uryar (déjà distingéue pour sa Reine de la nuit dans La Flûte enchantée de Caurier et Leiser à Nantes en 2016), précise peu à peu un portrait très touchant de l’héroïne par sa juvénilité puissante d’une infaillible intensité jusqu’à la fin. Tour à tour (trop) naïve, éperdue, tragique, implorante, grave mais digne, le soprano tendu du début à la fin, défend un personnage porté par son idéal amoureux. L’aigu n’est jamais tiré, l’intensité expressive constante ; la prise de rôle reste très convaincante. Plus lisse et sans réel trouble ni faille, le prince de Johannes Chum semble indifférent à l’épaisseur du personnage. Surtout sa fin, où, rejetée par la princesse étrangère (très piquante et efficace Isabelle Cals), il revient auprès de Rusalka, doublement saisi et coupable parce qu’il l’a écartée. Faiblesse de la mise en scène, la mort fusionnelle des amants qui plongent dans le lac primordial est escamotée, sans aucune part d’ombre et de mystère (sinon une pluie réelle qui s’abat sur les bâche en plastic de la mare centrale, au risque de polluer la cohésion de l’orchestre : – pourquoi alors ne pas projeter en vidéo, l’image de la pluie ? D’autant que depuis le début du spectacle, un écran circulaire (suggérant la présence permanente des eaux de l’Ondin) ou cubique déformé (le monde princier bancal) ne cesse de projeter des images mouvantes… Trés réussie en revanche les apparitions de la sorcière, Jezibaba (ample et expressive Svetlana Lifar). Parmi les seconds rôles, le Mirliton de la mezzo française Pauline Sabatier (ex membre de l’Opéra-Studio du Rhin) se distingue nettement : abattage précis, présence dramatique, chant percussif et timbré : un travail sobre et lui aussi très convaincant. Car ici Dvorak a aussi savamment intégré des épisodes comiques dans une narration tragique, amoureuse et fantastique. Enfin saluons la prestation finale des 3 nymphes, qui réinscrivent au III, la présence des eaux du lac de l’Ondin. Jeanne Crousaud, Yumiko Tanimura et Aurore Ugolin restituent à la séquence, sa filiation évidente avec l’oeuvre wagnérienne, la tragédie de Rusalka est une légende qui prend sa source et s’achève dans le mystère aquatique. Tout le mérite revient au chef d’avoir su diffuser un peu de cet onirisme fascinant qui contient la valeur unique de l’opéra Rusalka. Encore une représentation demain, dimanche 20 mai 2017, à l’Opéra de Tours, à 15h . ______________________________ Compte rendu, opéra. TOURS, Opéra, le 19 mai 2017. DVORAK : RUSALKA Direction musicale : Kaspar Zehnder Mise en scène : Dieter Kaegi Décors et costumes : Francis O’Connor Lumières : Patrick Mééüs Rusalka : Serenad Burcu Uyar Le Prince : Johannes Chum Ondin : Mischa Schelomianski La Princesse étrangère: Isabelle Cals Ježibaba: Svetlana Lifar Le Marmiton: Pauline Sabatier Le Garde Forestier : Olivier Grand 1ère Nymphe : Jeanne Crousaud 2ème Nymphe : Yumiko Tanimura 3ème Nymphe : Aurore Ugolin Choeurs de l’Opéra de Tours Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours LIRE aussi notre présentation de l’opéra Rusalka de DVORAK à l’Opéra de Tours, les 17, 19 et 21 mai 2017 http://www.classiquenews.com/rusalka-a-lopera-de-tours/




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18 mai

Eugène Onéguine de Tchaïkovski à l’Opéra-Bastille

« Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Mr Triquet (Raúl Giménez) / © Guergana Damianova (OnP) Lors de la dernière reprise qu’on ait vue de cet Onéguine (c’était en 1998 avec Thomas Hampson), on l’avait trouvé terriblement fripé, terne, portant son âge, trois ans, et une reprise déjà, Croft succédant dans le rôle titre à Michaels-Moore : un des plus vieux spectacles de notre Bastille. La mise en scène de Willy Decker, simplificatrice, nous dispensait astucieusement des ballets qui font hors-d’œuvre et de pas mal de figuration. Ressortaient seuls les personnages, mais un peu uniformisés en silhouettes souvent à contre-jour et pas toujours confortables, constamment sur plan incliné et semblant avoir besoin (seule gestuelle permise) de se raccrocher aux parois. C’était devenu un Onéguine de pure routine, refourbi et éclairé à la va-vite. Repris encore aussi tard que 2011, on se disait : Non, merci. « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Lenski (Pavel Černoch) & Eugène Onéguine (Peter Mattei) / © Guergana Damianova (OnP) « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) & Le Prince Grémine (Alexander Tsymbalyuk) / © Guergana Damianova (OnP) La très bonne surprise de l’ère Lissner c’est que certaines reprises y retrouvent un goût de neuf et, en l’occurrence pour celle-ci, d’indémodable, de classique. Il est vrai que la plupart auront un peu oublié (ou ignoré) la production du Bolchoï entretemps importée à Garnier, inopinément et en supplément, à la fin de l’ère Mortier, pour les débuts de Tcherniakov. Ce moderne Onéguine privé de campagne où tout se passe dedans, et pratiquement autour d’une table (quand ce n’est pas dessus, debout au clair de lune, comme Tatiana censée écrire sa lettre), périmait irréparablement, pouvait-on croire, la production signée Decker. Eh bien Willy Decker revient, bien éclairé, avec un nouveau cast, une star vocale de première grandeur et un sublime chanteur/acteur (ce qui n’est pas vraiment la même chose), bien répété et remis à neuf, et Onéguine triomphe. « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) & Eugène Onéguine (Peter Mattei) / © Guergana Damianova (OnP) « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) / © Guergana Damianova (OnP) Pour Sa Tatiana n’est plus une jeune fille, certes ; et beaucoup, pressés de l’applaudir, ce n’était qu’un gala Netrebko : Anna Netrebko refoulant les planches de Bastille au jour où, en forme royale de toute la saison, plus personne ne lui conteste la couronne lyrique absolue d’aujourd’hui. Et sûrement sur cette lancée (et avec Muti !) elle pourra être à Salzbourg la sensationnelle Aida qui nous manque. sûrement lors de la lettre la plongée dans l’intériorité dont était capable, par « Eugène Onéguine » (Opéra-Bastille, 2017) : Tatiana (Anna Netrebko) / © G. Damianova (OnP) le simple timbre et une sorte d’effacement du son, une Varady naguère, n’a jamais été dans les cordes d’une chanteuse essentiellement saine, peu amie de l’introspection, et qui aime à avoir les choses à chanter qui vont droit devant elles. Passent dans cette Tatiana des accents, mais des effets aussi, d’une Violetta qu’elle peut encore chanter, et de Leonora. Elle est capable de donner un son piano, à partir de la plénitude du timbre : et peu aujourd’hui savent passer de l’un à l’autre. Mais chanter intérieur, en un sens, n’est simplement pas dans ses cordes. Sublime chanteuse, mais pas précisément d’âme slave, telle qu’on l’a entendue ici. C’est sans doute à cause de la superstar qu’on a tellement soigné cette reprise. « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) & Le Prince Grémine (Alexander Tsymbalyuk) / © Guergana Damianova (OnP) Deux dames se sont haussées au même niveau d’excellence : en Olga Varduhi Abrahamyan, qu’on suit de l’œil depuis ses timides premiers rôles à Toulouse, où se discernait déjà la qualité star, qui rayonne désormais. Et Hanna Schwarz en Filipovna, si humble et naturelle, si vraie. La Larina de Elena Zaremba, au regard, ne se débarrasse pas d’un certain empois, qui peut se faire stridence. « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko), Larina (Elena Zaremba), Olga (Varduhi Abrahamyan), Filipievna (Hanna Schwarz), Eugène Onéguine (Peter Mattei) & Lenski (Pavel Černoch) / © Guergana Damianova (OnP) Mais l’autre (et peut être plus vraie) star, ce soir, c’est Peter Mattei. Il y a des âges : à Aix, il était presque trop jeune, trop tendre, trop visiblement vulnérable pour réussir pleinement son Onéguine, pourtant à fondre et divinement chanté. L’autorité, le poids, l’amertume intérieure lui sont devenus, aujourd’hui, naturels, et sa silhouette, son port toujours splendides font qu’il incarne et joue un Onéguine aussi idéal qu’il le chante. « Eugène Onéguine » (Opéra-Bastille, 2017) : Olga (Varduhi Abrahamyan), Larina (Elena Zaremba), Tatiana (Anna Netrebko) © Guergana Damianova (OnP) Le Lenski, Pavel Černoch, a tout sauf une voix vraiment jolie (s’agissant d’un ténor du moins). Mais la phrase est d’une sensibilité musicale exquise et il fait des choses d’un raffinement vocal et poétique absolu dans son grand dernier air. Gremine ne fait que paraître et chanter son air, on le sait. Mais Alexander Tsymbalyuk le fait de telle façon qu’on ne risque pas de l’oublier. Délicieux fantoche de Mr Triquet avec l’ineffable Raúl Giménez. « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) & Eugène Onéguine (Peter Mattei) / © Guergana Damianova (OnP) « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) & Filipievna (Hanna Schwarz) / © Guergana Damianova (OnP) Les chœurs de José Luis Basso s’en donnent à cœur joie (et il y en a, sous différents jours). L’orchestre avec Edward Gardner a joué avec un ensemble, une souplesse et un brio de sonorité parfaits : mais c’est seulement en deuxième partie avec l’air de Lenski que lui est venue dans le timbre, dans la couleur, cette qualité de mélancolie lumineuse qui est si essentielle à Tchaïkovski. Nul doute qu’ayant donné l’intégrale de ses symphonies (comme c’est au programme de sa saison prochaine avec Philippe Jordan) il l’aura plus naturellement dans ses cordes. Si on reprend cet Onéguine qui a été accueilli comme un classique, intemporel et toujours actuel, on ira écouter, voir la différence ! « Eugène Onéguine » à l’Opéra-Bastille, mai 2017 : Tatiana (Anna Netrebko) & Filipievna (Hanna Schwarz) / © Guergana Damianova (OnP) Opéra-Bastille, 13 mai 2017



Carnets sur sol

15 mai

Au fil d'Avril – parcours de concerts

Comme je n'ai toujours pas fini mes découpages et commentaires sur la musique d'Alcione (que je n'aime pas particulièrement, mais qui est fascinante à bien des égards), quelques notes rapidement mises en forme sur les concerts vus en avril et au début de mai. Le mois d'avril a mal débuté : Charpentier, Mendelssohn, Bruckner, Brahms, Mahler, Schönberg, du très grand public dans des interprétations diversement édifiantes. À la fin du mois, c'est l'inverse, beaucoup de choses complètement étonnantes, du baroque portugais jusqu'au contemporain grec. (Le bilan des concerts de mars se trouve là .) ♣ Quelques raretés (en concert) : Salle paroissiale de l'église parisienne Saint-Thomas d'Aquin, ancienne chapelle. ♣♣ Concert d'inauguration du CD d'airs de cour de Lambert & Le Camus avec Il Festino (et l'inapprochable Dagmar Š€ašková !) : on dispose d'un nombre ridicule de disques décents dans ce répertoire, et en plus le programme parcourt toute la gamme des formations, des restes d'airs polyphoniques madrigalesques au milieu du XVIIe siècle jusqu'à la pure monodie. Ici, l'interprétation est superlative à tous les niveaux, dans la lignée des deux précédents volumes chez Musica Ficta (en particulier l'air de cour italien sous Louis XIII). Tous leurs programmes sont de toute façon à voir absolument, on n'a jamais fait mieux. Putto du déambulatoire de Saint-Germain l'Auxerrois. ♣♣ Baroque portugais des XVIIe et XVIIIe siècles : Teixeira, Seixas, Almeida… Cantates en italien dans le style vivaldien, mais aussi des pièces sacrées polyphoniques en portugais, arrangées pour soprano et parties instrumentales (l'une d'elles fondée sur le thème de La Follia) , et même un extrait de messe de Seixas en latin prononciation lusophone ! Par l'ensemble explorateur La Calisto, à l'engagement communicatif : un précieux témoignage très rare. Avant le concert à l'Hôtel des Menus-Plaisirs de Versailles. ♣♣ En guise de récital de fin d'études comme chantre du CMBV, Clémence Carry a réuni quelques compères pour un récital franco-écossais de la plus vive originalité. ♣♣♣♣ Airs de cour du début du baroque (dont certains lestes, comme « Jean cette nuit [...] doit m'assaillir » de Pierre Ballard), compositions écossaises du milieu du XVIIIe siècle (William Thomson, James Oswald), traditionnels français (« Quand je menais les chevaux boire », « La blanche biche », « J'ai vu le loup », « Rossignolet du bois »), traditionnels écossais (« The Restoration », « The Haughs of Cromdale »). Le tout avec un instrumentarium typé début XVIIe : flûtes, deux violons, musette, vielle à roue, harpe, viole de gambe, harpe, théorbe, percussion et chanteuse. ♣♣♣♣ Je n'ai pas été très impressionné par la voix (manifestement émue, elle a un peu cherché ses marques), mais le programme était remarquablement jubilatoire, et servi par des musiciens d'un notable métier. Jean cette nuit, comme m'a dit ma mère, Doit m'assaillir : mais je ne le crains guère, Si ma mère n'en est pas morte, Je n'en mourray pas aussi. Je ne suis pas de ces jeunes badines, Qui font venir à l'ayde leurs voisines, Si ma mère n'en est pas morte, Je n'en mourray pas aussi. J'ayme bien mieux imitant les fines, Demander ayde aux voisins qu'aux voisines, Si ma mère n'en est pas morte, Je n'en mourray pas aussi. Quelque vigueur qu'il ayt dans la bataille ! Je ne fuirois pour quatre sa taille, Si ma mère n'en est pas morte, Je n'en mourray pas aussi. Je pense bien qu'il me mettra par terre : Mais quoy qu'il soit sur moi dans cette guerre Si ma mère n'en est pas morte, Je n'en mourray pas aussi. (Oui, quand même.) Et The Haughs of Cromdale , où MacKenzie, McKy, McDonald, McIntosh, McDougal, McLauchlin, McNeil, McGregor et même McPherson … pas un ne manque : The Grant, MacKenzie, and McKy, Soon as Montrose the did espy, O then, they fought most valiantly ! Upon the haughs of Cromdale. The McDonalds they returned again, The Camerons did they standard join, McIntosh played a bloody game Upon the haughs of Cromdale. McGregors fought like lions bold, McPhersons, none could the controul, McLauchlins fought, like loyal souls, Upon the haughs of Cromdale. McLeans, McDougals, and McNeils, So boldly as the took the field, And made their enemis to yield Upon the haughs of Cromdale. The Gordons boldly did advance, The Frasers fought with sword and lance The Grahams they made the heads to dance Upon the haughs of Cromdale. [...] Of twenty thousand, Cromwells men, Five hundred fled to Aberdeen, The rest of tem lie on the plain, Upon the haughs of Cromdale. ♣♣ Au CNSM, extraits de La Maison dans les dunes de Dupont par l'excellent Adriano Spampanato, et des Ophelia-Lieder de R. Strauss avec Iryna Kyshliaruk (un beau format dramatique en devenir – au contraire empesée dans les autres récitals où elle tient des rôles légers), un peu d'orgue de Duruflé aussi… On n'entend pas ça tous les jours – le cycle de Dupont est une collection de moments absolument merveilleux, on devrait jouer ça aussi souvent que les sonates de Beethoven… (Ou bien Koechlin , ou bien Hahn , ou bien Mariotte …) ♣♣ Encore au CNSM, classe de direction de chant (accompagnateurs-préparateurs-conseillers, si l'on veut) d'Erika Guiomar. Centrée autour des lieder d'Eisler (aussi bien ses œuvres décadentes que semi-atonales, le cabaret fin-de-siècle que le sprechgesang plaisant au radical), à laquelle les pianistes participent quelquefois (jouant et déclamant-chantant à la fois !), la soirée se termine avec quelques gourmandises plus grivoises (Hervé, Christiné, Guilbert, Moretti…). Et des extraits d'une réduction pour quatre mains des Biches de Poulenc, la cerise confite sur la forêt noire. ♣♣♣♣ De belles découvertes : outre la musicalité remarquable de mes déjà-chouchous Nicolas Chevereau et Pierre Thibout, je découvrais Li Qiaochu, qui se distingue à la fois par une sûreté virtuose (là où le poste réclame d'abord une forme de souplesse) mais aussi une fluidité, une qualité de palpitation dans la musique qui mêle tous les avantages du solistes au nécessités du chef de chant. Miam. ♣♣♣♣ Côté voix, j'entendais quelques nouvelles glottes piochées parmi les classes de Licence. Cyrielle Ndjikinya peut prétendre à une belle carrière de dramatique, avec un volume impressionnant, mais aussi une luminosité bien préservée des aigus. Si la voix évolue adroitement et si elle prend les bons engagements, une future grande dans les répertoires larges. Apprécié aussi la mezzo Lise Nougier, une voix qui n'a intrinsèquement rien de spectaculaire, mais d'une belle étoffe, et adroitement utilisée : une chanteuse de goût, à suivre. ♣♣♣♣ La soirée étant également un hommage à la feue Claude Lavoix, plusieurs gloires participaient à la soirée. Hélène Delavault n'a jamais très bien chanté, et il ne lui reste vraiment plus rien (hululement immédiat dès qu'on excède le double piano), sauf le sens de la scène et l'abattage extraordinaire – j'ai toujours détesté sa voix, même dans ses grandes années, mais j'ai été comme tout le monde assez fasciné par son naturel et sa façon de s'emparer de l'auditoire. Edwige Bourdy a dû étudier avec Mady Mesplé ou l'une de ses semblables : la focalisation du timbre est de même nature, et d'une fraîcheur immaculée, le tout permettant à la fois projection et diction aisées. J'entendais aussi Lionel Peintre et Robert Expert pour la première fois en salle. Grosse déception pour le premier, qui explique sa carrière hors des grandes salles : à quelques mètres, on n'entend vraiment rien (ce qui ne transparaît pas du tout dans les captations), malgré le timbre et la qualité du français. Pour le second, c'est au contraire la révélation, un sens du texte, une qualité de diction et un timbre préservé, rares pour les falsettistes. Me faire aimer de la mélodie par un contre-ténor (association intrinsèquement problématique) n'est pas un modeste fait d'armes à mettre à son crédit. Enfin, Franck Lunion, que je n'avais entendu qu'à ses débuts, Arcas dans Thésée de LULLY avec l'Académie d'Ambronay dirigée par Christie, en 2000 (avec les jeunes Aurélia Legay, Stéphanie d'Oustrac et Christian Immler, notamment) – je l'y avais trouvé remarquable, mais ne l'ai jamais vu reparaître depuis. Dans ce Goethe-Lizt (Über allen Gipfeln), quelle belle voix équilibrée et éloquente, toute au service du texte et de la musique… ♥ Quelques retrouvailles avec des chouchous déjà vantés sur CSS : Carle Van Loo dans le décor de la chambre à coucher du prince de Soubise. ♥♥ Cantate pastorale de Montéclair, Léandre et Héro de Clérambault (sensiblement le même sujet qu'Alcione qui se jouait au même moment) – l'une des cantates les plus célèbres de Clérambault, avec une tempête impressionnante, très convaincante pour un genre en petit effectif ! Eva Zaïcik et le Taylor Consort y font des merveilles : se combinent la rondeur exceptionnelle de Zaïcik dans un français généreux (elle est au Jardin des Voix de Christie pour cette saison, j'espère qu'elle y glanera le supplément d'appuis expressif qui sépare l'excellence, où elle se trouve déjà, de la fulgurance ultime qui lui est promise), et les réalisations très intéressantes de Justin Taylor – conception très mélodique de l'accompagnement, beaucoup de contrechants qui s'émancipent vraiment de la seule logique prévisible de ce qui est écrit. Grand moment à l'Hôtel de Soubise, sous les décors peints par Boucher et Van Loo. ♥♥ Vingt ans que j'adore le Trio de Tchaïkovski et attends l'occasion de le voir en vrai. Comme ça passe tout le temps en concert, j'ai laissé passé nombre d'occasions, et je voulais surtout le faire avec les bonnes personnes – même si l'intensité de sa musique le rend difficile à saboter. Avec le Trio Zadig, l'élan et la ferveur s'ajoutent à l'intensité de ce qui est écrit. J'attendais beaucoup de ces chouchous découverts à l'occasion de l'ECMA (Académie de Musique de Chambre Européenne) au CNSM, et ce n'était pas sans raison : une générosité et un emportement de tous les instants… Je ne vois pas beaucoup de solistes internationaux qui jouent mieux que ces crincrins-là (Boris Borgolotto et Marc Girard-Garcia) ! Jamais vu un violoniste oser jouer à ce point sur le chevalet, ce qui explique peut-être en partie la puissance du son. Je suis un peu moins convaincu, encore une fois, par le jeu d'Ian Barber, mais sa conception très harmonique de la partie de piano (plutôt une toile de fond qu'un moteur, peu tourné vers la mélodie) se mêle très bien au jeu extrêmement expansif de ses deux compères – il faut dire aussi que le piano mis à disposition n'était pas fabuleux, et qu'un pianiste est aussi tributaire de cela. Version de référence absolue, au niveau des deux ou trois que j'ai le plus aimées dans les dizaines de versions écoutées à ce jour… Encore un coup de maître pour les Zadig, et un enchantement formidable. (Ils jouaient aussi un remarquable Deuxième Trio de Chostakovitch.) ♠ Quelques grands classiques. ♠♠ Les Leçons de Ténèbres pour basse de Charpentier (Oratoire du Louvre), par celui qui les a sans doute les plus chantées : Stephan MacLeod, avec Les Ambassadeurs d'Alexis Kossenko. J'avoue m'être pas mal cassé les pieds. ♠♠♠♠ Le concert commençait déjà par une longue partie instrumentale dédiée à Couperin (Sonates en trio), bien jouée d'ailleurs (tantôt flûtes, tantôt violon, avec des effets de doublures, très beau son…), mais la musique de chambre baroque reste d'essence largement décorative, et j'avoue y trouver assez peu mon compte. ♠♠♠♠ On arrive donc à ce qui était supposé être le cœur du programme après une longue première partie suivie d'un entracte substantiel… Par ailleurs, j'aime assez les Leçons de Charpentier au disque, même celles pour basse, mais la monotonie de leur construction (chaque stance étant sur le même patron que la précédente, simple déclamation du texte, contrairement à à peu près toutes les autres Leçons du répertoire, Charpentier inclus) rend difficilement digeste l'enfilade immédiate de trois Leçons conçues pour être chantées trois jours différents. ♠♠♠♠ J'avais plus ou moins prévu cela, et préparé la parade, partition en main sur une liseuse non rétro-éclairée (le summum de l'élégance pour ne déranger ses voisins ni par le bruit du papier, ni par la lumière)… mais sans pour autant reproduire la scénographie de l'office des Ténèbres, toute la salle fut plongée dans le soir pour la seconde partie. Et ce fut long. À cela s'ajoute que si la voix de MacLeod est sns conteste superbe, il semble assez limité dans la variété des dynamiques et des couleurs, toujours tassé dans le même angle, et pas démesurément sensible au texte – si bien que de ce côté non plus, il ne fallait pas attendre de Salut. ♠♠ L'entrée au répertoire de Bastille (je suppose pour un moment) du ballet de Balanchine autour du Midsummer Night's Dream de Mendelssohn, qui mêle à la musique de scène complète (dans le désordre) plusieurs ouvertures belles et rares (Athalie, qui dispose de sa propre musique de scène ; La belle Mélusine ; Retour depuis l'étranger) ainsi que les deux premiers mouvements de la Neuvième Symphonie pour cordes, notamment son andante sans violoncelles ni contrebasses, moment suspendu extraordinaire – idéalement adapté à un pas de deux. Visuellement, Balanchine en tire assez bien parti, même si les contraintes de la danse (et la chaleur très relative des danseurs parisiens, en dehors du rôle facétieux et exaltant de Puck) ne peuvent rendre compte de la finesse d'un tel texte, évidemment – le DVD de la série scaligère avec Roberto Bolle y montre des incarnations autrement ardentes (la majesté de cet Obéron !). L'acte I contient toute l'action, et l'acte II seulement un grand divertissement à la cour de Thésée, mais c'est une convention dont on s'accommode très bien quand la musique est aussi belle. Car le concept de deux heures complètes de Mendelssohn pas toujours fréquent se révèle, sans surprise une véritable félicité… surtout sous la direction de Simon Hewett (le final le plus solidement bâti de la Troisième de Mahler que j'aie pu entendre en salle, P. Järvi inclus), qui évite aux musiciens de l'Opéra de trop s'économiser. ♠♠ Le Deutsches Requiem de Brahms par l'Orchestre de Paris, son Chœur et Thomas Hengelbrock. La collaboration entre le chef et l'orchestre m'avait laissé mitigé (considérant le potentiel de la rencontre avec un interprète de cette trempe) pour du Bach (vraiment régulier et un peu empesé, alors que la Messe en si des débuts de Hengelbrock reste à ce jour l'une des plus belles versions discographiques de l'œuvre) et du Mendelssohn (un brin fade). Ici au contraire, le savoir-faire d'un grand chef s'entend en action, sur le vif, dans l'urgence : ces attaques très précises qui enflent jusqu'à être secondées par une nouvelle entrée, cette tension permanente, cette ferveur jubilatoire, c'est le meilleur de toutes les traditions à la fois que j'ai entendu… dans une lecture pas particulièrement contemplative, sans paraître du tout heurtée ni excessive. ♠♠♠♠ Le Chœur de l'Orchestre de Paris s'est une fois de plus couvert de gloire (cette fois tout particulièrement les dames) pour la beauté (sans rivale…) de ses timbres et la finesse de sa sensibilité musicale. Après avoir entendu ceux qui défilent à Paris (Monteverdi Choir, Collegium Vocale, Berlin Rundkfunchor, RIAS Kammerchor…), je crois pouvoir dire qu'il s'agit d'un des tout meilleurs chœurs du monde, et dans des répertoires très différents (quel rapport entre les exigences de la 4e d'Ives, du Requiem de Verdi ou des Motets de Bruckner ?). J'ai donc scruté (et trouvé) un moment où l'on entendait qu'en effet, ce sont des amateurs qui chantent : au début de « Denn alles Fleisch », lorsque tout les pupitres sont dans le graves, le son est un peu plus affaissé, un peu moins timbré que ne le ferait un chœur pro, je crois. Pour le reste, justesse, rigueur solfégique, endurance, résistance des timbres aux tessitures imposées, rien ne filtre – si ce n'est le timbre d'ensemble, plus beau qu'aucun autre. ♠♠ 10 Lieder de Des Knaben Wunderhorn de Mahler et la Quatrième Symphonie de Bruckner par le Philharmonique de Radio-France et Eliahu Inbal. Impatiemment attendue : première audition de la Quatrième en salle, pour moi, et par Inbal qui m'a à chaque fois, au disque, à la radio (quel Crépuscule inapprochable avec la RAI de Turin !), en salle (Bruckner 2 et 9) coupé le souffle et ébahi d'admiration. Pour Bruckner, plus encore que sa célèbre intégrale assez « objective » de la Radio de Francfort , ce sont ses récents enregistrements avec le Metropolitan de Tokyo qui font autorité : dans une veine qui n'est pas en rupture avec la tradition, difficile d'espérer plus de vivacité et d'intensité, en même temps qu'un sens sans équivoque de l'architecture. ♠♠♠♠ Sans surprise, difficile d'entendre Ekaterina Gubanova et Dietrich Henschel dans l'immensité de la Philharmonie, même de face. On perçoit le timbre, le détail de la musique plus vaguement, et pour ce qui est du texte, hahahaha. En revanche, la beauté de la voix de Henschel est extraordinaire… je ne l'avais pas entendu en salle depuis 15 ans exactement, et rien n'a bougé, tout est aussi beau qu'avant, voire davantage – j'avais lu des papiers, pourtant, dans le milieu des années 2000, qui signalaient combien il allait à la dérive et perdait tout contrôle sur son instrument. Dans du lied avec piano, ce n'est pas spectaculairement expressif au disque, mais en vrai, j'accourrais ! C'est dit. ♠♠♠♠ J'attendais peut-être un peu trop de la Quatrième de Bruckner, qui fut superbe, mais pas tout à fait éverestique comme escompté : Inbal faisait étrangement jouer les trombones grassement (ceux de l'OPRF ne sont pourtant pas de tempérament bruyant, avec leurs timbres soyeux…), et plus fort que le reste de l'orchestre, dans des parties qui ne sont pas les plus raffinées de la symphonie, et déjà très exposées en elles-mêmes. Peut-être l'œuvre aussi, qui sonne très bien au disque par sa simplicité, mais m'a paru présenter moins d'arrière-plans que ses sœurs. Et pour le final, que je trouve rébartatif une fois sur deux (enthousiasmant la dernière fois, avec Inbal et Tokyo Met…), hé bien c'était la mauvaise fois ce soir-là. Néanmoins, magnifique exécution, grand moment. Mais avec cette attente trompée. ♠♠ Symphonie de Chambre n°2 de Schönberg , Octuor de Mendelssohn, Sinfonietta de Poulenc par l'Orchestre des Jeunes d'Île-de-France (OJIF). Un peu dubitatif sur cet orchestre d'à peine un an à visée professionnalisante. Je n'en ai lu que des éloges, et son principe attire nécessairement la sympathie (orchestre conçu pour promouvoir les étudiants en fin de parcours, encadrés par des professionnels confirmés à la tête de chaque pupitre). Néanmoins, à l'écoute, je n'avais pas été complètement bouleversé par leur versant baroque (en conditions climatiques défavorables à l'écoute, certes), et je retrouve ici la même forme de tiédeur – ou plutôt, on peut supposer, le manque d'occasions pour se réunir tous dans des lieux adéquats et pouvoir travailler régulièrement comme dans les orchestres constitués. Ce mode de fonctionnement est tout à fait possible avec des musiciens d'orchestre chevronnés, qui connaissent par cœur les codes, mais pour de jeunes musiciens, il y a sans doute là un peu plus de flottement. Plus étrange encore, le choix de cet octuor de Mendelssohn qui exposait surtout les défauts de chacun : le violon solo, issu de l'Orchestre de Paris, doit être un excellent tuttiste, très flexible, tout à fait engagé, mais le son est peu puissant et manque de focalisation dans les attaques, par rapport à ce qu'on entend d'ordinaire dans la musique de chambre – ce qui est normal, on attend de l'orchestre un fondu et du solo une netteté, ce ne sont pas les mêmes qualités requises. Plus gênant encore, au moins un violoniste (voire deux) dévissait régulièrement niveau justesse, ce qui n'est tout simplement pas possible dans une exécution professionnelle de musique de chambre, où l'ensemble est immédiatement altéré. D'une manière générale, cela exaltait plutôt les limites des musiciens, même ayant un beau potentiel. Bien sûr, ils débutent, et je me souviens d'avoir assisté aux premiers concerts des Dissonances de David Grimal, à qui tout le monde tresse désormais des couronnes, et qui m'avaient paru un honnête ensemble à géométrie variable, sorte de cacheton de haut niveau. Avec le temps, la structure s'affermira, je suppose. Mais tout cela pose beaucoup de questions, quand j'entends si régulièrement en répétition ou en concert de jeunes gens inconnus qui jouent à la perfection, et même mieux que les très grands qui font accourir les foules, les œuvres les plus difficiles du répertoire… comment le recrutement et le travail se déroulent-ils à l'OJIF ? Il est vrai que le programme (là aussi étrange) n'était pas très jubilatoire, hors du Mendelssohn, mais il manquait cette pointe d'abandon et d'entrain qui fait le plaisir du concert… Ce n'est pas encore un ensemble que je recommanderais d'aller voir à tout prix (sans parler de la logistique, les portes ouvertes d'une église en hiver, ou l'absence d'espace pour attendre l'ouverture de la salle cette fois-ci…). À suivre. ♦ Côté théâtre, les pièces que je voulais voir ont été prolongées pour l'été, donc vu peu de choses ♦♦ Ismène de Yánnis Rítsos avec la musique originale de Georges Aperghis. J'admire la musique d'Aperghis depuis toujours, même lorsque j'étais encore dubitatif sur les principes sur la musique contemporaine : fasciné par exemple par Machinations, où rien qu'en bidouillant quatre fois féminines, le compositeur parvient à la fois à produire du drame (sans intrigue) et de la musique, de façon très directe et accessible. Tout ce que les prêtres de la musique concrète et les zélateurs de l'acousmatique ont raté ou réservé à une niche, Aperghis le rend immédiatement opérant, pour tous. Il est assez régulièrement programme à Paris, mais assez rarement seul – belle occasion, d'autant que le parcours de Yánnis Rítsos, passé par tous les camps de redressement et d'internement qu'ont pu compter les régimes de Grèce, dissimulant ses écrits dans des bouteilles enfouies sous la terre, fait attendre quelqu'un qui a eu le temps et le recul pour ne pas produire une resucée des mêmes mythes pillés par tous les dramaturges de la Terre. J'avais conscience du risque d'être désarçonné, mais ce fut tout de même une grande déception : au sommet de la caricature du théâtre contemporain branchouille. Pas irritant du tout, parce que cette représentation respirait l'authenticité, et l'on sent bien que personne n'y prend la pose ni ne cherche à choquer le bourgeois comme alibi, et que sa réalisation était de grande qualité (Marianne Pousseur, peut-être la chanteuse qui a le plus interprété Pierro Lunaire, y est d'une santé et d'une variété vocales stupéfiantes). Mais, alors même que tous me paraissent sincère, je peine à m'enthousiasmer pour ce que j'y ai vu. ♦♦♦♦ La pièce donne la parole à Ismène, qu'on n'entend pas beaucoup dans les tragédies face à Antigone, et en fait une voix de la véritable féminité face à la masculinité politique d'Antigone, à son absolu trop violent. Cela se tient bien, mais se déroule à travers le ressassement de paroles pas très profondes sur ce qui doit ou ne pas être, autour d'anecdotes insipides sur la jeunesse d'Ismène… rien ne se passe, ni dans la démonstration, ni dans le récit, ni dans l'action sur scène. Et l'écart au mythe est très réduit, tout en se faisant dans une langue particulièrement banale et plate. C'est un peu de la relecture psychologisante façon Christa Wolf, le sens de la situation en moins. ♦♦♦♦ Aperghis non plus ne s'est pas mis en frais : des phrases chantées (qui ont tantôt été traduites du grec, tantôt non) au milieu des phrases parlées, très simples, a cappella, quelques jeux de superposition vocale avec la bande pré-enregistrée, et c'est tout. Joliet, mais au minimum frustrant quand on se déplaçait pour la plus-value d'un architecte sonore. ♦♦♦♦ Et scéniquement, tout entre parfaitement dans la caricature du théâtre contemporain : Marianne Pousseur, nue sous ses gros colliers, y patauge dans une petite épaisseur d'eau, sous des luminaires rouges qui laissent tomber l'un après l'autre des portions de savon liquide dans le bassin. Le son est intégralement amplifié, même pour le chant (tout à fait bien projeté). Tout est plongé dans une semi-obscurité, et le parterre n'était apparemment pas réservable. Là aussi, la mise en scène ( Tout mis bout à bout, entre un texte peu ambitieux, en tout cas prévisible et plutôt désordonné, une mise en scène (d'Enrico Bagnoli et Marianne Pousseur, avec collaboration de Guy Cassiers) qui cherche l'inconfort et le dérisoire, une musique chiche… je me casse un peu les pieds. C'est rare, mais ça arrive. Même avec une réalisation scénique dont on ne peut nier la qualité. ♦♦ La dernière du Petit-Maître corrigé de Marivaux, pièce peu donnée, commandée par la Comédie-Française qui la rejoue aujourd'hui (Marivaux faisait alors une infidélité aux Italiens). ♦♦♦♦ Un enchantement, d'une structure très sophistiquée, pas du tout limitée aux caractères comme le titre le suggère, et une interprétation irradiante. Mise en scène très habile aussi (Hervieu-Léger), qui habite très adroitement les interstices : beaucoup de détails ajoutés sans jamais contredire le texte, de petits développements dans des recoins laissés libres par l'explicite des lignes à dire… Remarquable et réjouissant en tout point. ♦♦♦♦ Au vestiaire de la salle Richelieu : – Monsieur, nous n'acceptons plus les sacs au vestiaire. – Oh, puis-je vous demander par curiosité pourquoi ? – Il n'y a rien de particulier en ce moment, non ? On n'est pas en plein Vigipirate, peut-être ? L'indignation non feinte de la préposée au vestiaire, pleinement convaincue de l'importance de sa tâche (pour laquelle je n'ai pas le moindre mépris, mais je ne suis pas sûr qu'en l'occurrence elle soit au bénéfice de la société…), m'a empêché d'insister sur le très léger paradoxe qui consiste à emporter les objets dangereux dans les lieux les plus densément peuplés. La seule explication que je puisse y voir, c'est une volonté de la direction de vouloir ainsi se couvrir en cas de problème : le site indique que les sacs sont tous interdits (ce qui est évidemment impossible pour recevoir du public, aucun théâtre n'applique cette règle), et ils sont scrupuleusement vérifiés à l'entrée (et sans doute interdits au delà d'une certaine taille), mais si jamais par malheur un objet dangereux passait les contrôles, on pourrait toujours accuser la sécurité d'avoir laissé entrer un sac non autorisé, ou de ne pas l'avoir vu, puisqu'en théorie, le vestiaire ne les accepte pas. Au demeurant, ce n'est pas inconfortable, il y a assez de place sous les sièges pour pouvoir loger un sac à dos ou une mallette, mais je trouve cette hypocrisie assez déplaisante, dans la mesure où elle semble considérer que le risque est véritable, tout en demandant d'emporter plutôt les objets dangereux dans la salle ! Et puis ? Il y aura sans doute une notule à part pour les questions d'interprétation autour d'Alcione à Favart (plus qu'un avis général, dont il y a eu beaucoup, des détails qui me paraissent intéressants sur la façon de faire de la musique baroque, de la battue jusqu'au modèle économique…). Je n'ai pas encore parlé non plus du remarquable spectacle autour de la domesticité de la classe d'expression scénique des élèves chanteurs du CNSM – il a eu lieu les 27 et 28 avril, j'en parlerai donc avec le bilan de mai, bien que j'aie déjà évoqué plulsieurs spectacles de mai dans la présente rétrospective. Il y avait aussi… Parmi ce que je voulais voir et n'ai pu faire, un récital basson-piano au Petit-Palais, Snégourotchka de Rimski-Korsakov à Bastille, Tafelmusik de Telemann (certes, les Suites avec flûtes et hautbois, moins enthousiasmantes que celles avec trompettes) au Château d'Écouen… On ne peut être partout, d'autant qu'il y a les expositions diverses, les balades sylvestres extra-diurnes, un peu de vie sociale et assez de travail, sans parler de CSS qui m'enchaîne mécaniquement de solides heures par semaine. Et bien sûr, comme il n'y a pas que les concerts dans la vie : écouter des disques, lire des partitions et jouer de la musique. Ceci pour m'excuser si je ne peux pas voir tout ce que je conseille. 112 spectacles du 1er septembre au 15 mai me paraît déjà très acceptablement déraisonnable.

Piotr Ilitch Tchaïkovski
(1840 – 1893)

Piotr Ilitch Tchaïkovski est un compositeur russe romantique (25 avril 1840 - 25 octobre 1893). Tchaïkovski est un compositeur éclectique. Son œuvre, d'inspiration plus occidentale que celle de ses compatriotes contemporains, intègre des éléments occidentaux ou exotiques, mais ceux-ci sont additionnés à des mélodies folkloriques nationales. Tchaïkovski compose dans tous les genres, mais c'est dans la musique d'orchestre comme les symphonies, les suites, et les concertos qu'il déploie toute sa science de l'orchestration et donne la mesure de son sens mélodique inspiré. C’est également lui qui donne ses lettres de noblesse à la musique de ballet, ajoutant une dimension symphonique à un genre auparavant considéré comme mineur. Il incarne la figure dominante du romantisme russe du xixe siècle dans toute sa vitalité populaire et généreuse et sa profonde sincérité.



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